08/06/2004

L'art (11/12)

Alerté par la rubrique nécrologique des grands quotidiens, mon boss était prompt à réagir. Il passait à la banque avec une grosse valise en métal, qu’il remplissait aussitôt de billets, et filait dans son bolide à la conquête d’une nouvelle affaire : serait-ce un Magritte, un Delvaux ou un Ensor ? Peu importe, pourvu que le défunt ait tout légué à une veuve éplorée.
 
 
En général, la transaction se déroulait rapidement. Monsieur G. ne donnait pas l’occasion à la vieille dame d’hésiter à vendre son bien, captivée qu’elle était à la vue des billets de banque débordant de la valise ouverte sur la table.
 
 
Peu après, quand la chasse avait été bonne, le boss nous donnait des consignes pour mettre en oeuvre son plan d’attaque : le premier assistant devait préparer les certificats d’authenticité du tableau, en trois langues, le deuxième assistant se procurait les formulaires de prêt pour les expositions rétrospectives au Japon ou aux Etats-Unis, le troisième compère faisait photographier les nouvelles oeuvres, et, pour ma part, je lui réservais des suites d’hôtel un peu partout, après avoir averti le monde de l’art de sa venue.

 
En fin de compte, Monsieur G. nous enseignait l’art de la guerre.

16:46 Écrit par L'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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